L'actionnaire n'est pas une personne
- 3 juin
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C'est une fonction. Et dans la plupart des grands groupes familiaux que j'observe, cette fonction n'a jamais été constituée.
Elle n'a pas eu à l'être. Une personne la tenait.
Le référent tient tout : la mémoire, les silences, les arbitrages, les limites jamais écrites, les permissions qu'aucun document n'accorde. Tant qu'il est là, le système paraît fluide. Le dirigeant externe sait à qui parler quand le texte ne suffit plus. Le board sait où s'arrête son rôle. Les branches peuvent diverger, parce qu'une autorité absorbe la divergence.
Ce n'est pas une faiblesse. C'est souvent le signe d'un référent qui a gouverné avec justesse.
Mais c'est précisément le risque.
Il existe un test simple. Il ne demande ni audit, ni organigramme, ni charte familiale. Il demande seulement d'enlever un nom.
Retirez le nom du référent de la description du rôle. Que reste-t-il ? Qui dit pourquoi le capital reste ensemble ? Qui autorise le risque acceptable ? Qui garde l'intention fondatrice quand celui qui l'incarnait se retire ?
Si les réponses ne sont lisibles qu'en remettant son nom dans la phrase, alors l'actionnaire n'est pas encore une fonction. Il est une personne. Peut-être remarquable. Peut-être irremplaçable. Mais une personne.
Les chiffres disent l'écart : 86 % des family offices déclarent ne pas disposer d'un plan de succession clair pour leurs décideurs clés (J.P. Morgan, 2026). L'intention est là. La structure manque.
Une fonction est ce qui reste descriptible lorsque le nom de celui qui l'occupe disparaît.
Le jour où vous vous retirerez, restera-t-il une fonction capable de décider sans vous ?
Mehdi El Idrissi





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